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Faits divers 2

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Chroniques et chroniqueurs

Dans les journaux télévisés et autres émissions d’actualité, les faits-divers, crimes relevant des assises, sont traités par des spécialistes, chroniqueurs judiciaires. Ces journalistes sont témoins oculaires de procès que le droit français n’autorise ni à photographier, ni à filmer. Aussi s’efforcent-ils —et c’est là tout leur talent— de donner à voir, par le verbe et le geste, le drame qui se joue dans le prétoire.

• Les « voix célèbres »

Frédéric Pottecher et Paul Lefevre ont donné, par leur ton et leur style, une signature inimitable à la chronique judiciaire. Beaucoup ont encore en mémoire l’empreinte de ces voix, le souvenir de mimiques, de gestuelle dignes de véritables acteurs tant ils ont excellé dans l’art du compte rendu d’un procès d’assises. 

 

Observer

Le jeu du premier, Frédéric Pottecher (premier extrait), est volontiers théâtral, celui du second, Paul Lefevre (second extrait) plutôt minimaliste. À l’évidence, l’un et l’autre sont des acteurs. Frédéric Pottecher n’a pas oublié son expérience des planches. Il s’en sert à merveille pour imiter meurtriers et victimes, pour rapporter les petites phrases qui font mouche et faire surgir sous nos yeux l’espace scénique des assises. Cette interprétation théâtralisée vaut à Frédéric Pottecher d’être tellement présent à l’image, passant tour à tour du rôle de conteur à celui de comédien. Paul Lefèvre, pour sa part, affectionne les textes finement ciselés. Il les lit, feignant l’improvisation, avec un débit rapide. Son jeu corporel est maîtrisé, son ton expressif mais contenu. Son commentaire fait surgir, sur un ton qu’il voudrait égal, de vives images (« un petit chat qui regarde un gros chien cruel »). Un détail teinté d’humour campe le prévenu (« (la) moustache un poil voyou » ). Il conclut par une formule choc qui résume la situation (« un procès spectacle »). Au final, il excelle dans l’art du portrait. À l’évidence, la Bruyère est le maître qui l’inspire.

 

• Divergences

Dans le traitement d’un fait-divers —a fortiori s’il s’agit d’un crime de sang—, le téléspectateur se fait volontiers une idée du journaliste : il veut voir la « patte » du chroniqueur judiciaire, tant l’influence de Pottecher ou de Lefevre a marqué la profession ; mais il trouverait incongrue l’ouverture d’un journal télévisé par un éditorial consacré à une information de nature criminelle. Pourtant, il n’en va pas toujours ainsi. À preuve, ces deux extraits qui marquent, chacun à leur manière, une divergence par rapport à ce qui semble être la norme.

 

Observer

Dans le premier extrait, resté célèbre, on voit Roger Gicquel sortir de son rôle de présentateur pour annoncer la mort de l’enfant assassiné par Patrick Henry. En plan poitrine, les yeux dans les yeux du téléspectateur, Roger Gicquel se sert du dispositif visuel qui préside à la mise en scène classique d’un plateau de JT pour en exploiter les ressources. Des ressources, il est vrai, qui conviennent à une tribune, c’est-à-dire au lieu d’une énonciation forte traduisant tout à la fois un point de vue (« La France a peur »), un jugement sur le coupable (« malade mental »), et une apostrophe (« gardons-nous d’une justice expéditive »). Ainsi, le présentateur se mue en éditorialiste. Cette posture singulière demeure une exception à la règle. Pour un chroniqueur judiciaire, il y a aussi une règle mais elle est moins intangible : il peut choisir d’être en retrait du rôle qu’on voudrait lui voir jouer, un rôle souvent convenu, inspiré de la dramaturgie que pratiquaient ceux qui l’ont précédé à l’antenne. Le second extrait (Dominique Verdeilhan dans l’affaire Grégory) en apporte un bel exemple : le commentaire est une sorte d’écriture blanche, sans effet, sans métaphore inutile, sans clin d’œil au téléspectateur. Rien que des faits.

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