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Faits divers 1

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Enigmes

De tous les faits-divers, les homicides sont ceux qui font l’objet de la plus abondante couverture médiatique. Cela est encore plus vrai des crimes pour lesquels la justice est impuissante à confondre les auteurs présumés. Ainsi naissent les « grandes affaires » et les « grands procès ». Ces feuilletons judiciaires passionnent le public car ils reposent le plus souvent sur une énigme : celle d’une personnalité, d’un mobile ou d’un objet.

• L’affaire Marie Besnard

L’affaire Marie Besnard est sans doute, avec l’affaire Dominici, celle qui a le plus défrayé la chronique judiciaire des années d’après-guerre. Le nombre de victimes frappe l’imagination. Mais c’est surtout la représentation médiatique de l’assassin présumé, présenté tour à tour comme « l’empoisonneuse » et « la bonne dame de Loudun », qui va assurer la popularité de ce fait divers hors norme.

 

Observer

Reportage des  Actualités françaises, le premier extrait (1952) frappe par sa forme narrative : l’ouverture et la clôture du sujet dont l’écriture s’apparente à celle d’un reportage d’actualité (arrivée de Marie Besnard à l’ouverture de son procès) encadrent en effet une séquence de style cinématographique. On y parcourt le cimetière de Loudun en marquant des pauses devant les tombes des « victimes ». Cette visite macabre met le téléspectateur en situation : la caméra subjective simule son cheminement (de l’ouverture des grilles aux différentes stations), la mise en scène l’invite à accomplir les rites de circonstance (figuration d’une main qui dépose une gerbe sur une pierre tombale), les mouvements d’appareil et les angles de prise de vue s’accordent à son regard. Ces partis pris ont pour effet de dramatiser un récit qui fonctionne sur la focalisation interne (identification au visiteur) et fait appel à la métaphore: ainsi l’apparition récurrente du corbillard dans la séquence. L’intérêt du second extrait (1987) est manifeste. Il nous propose un enchâssement de regards : celui des Actualités télévisées sur « l’empoisonneuse », celui de Gilles Perrault sur les archives, celui de François Chalais sur l’affaire, celui de Marie Besnard sur elle-même. Ainsi la télévision livre à notre sagacité des univers de représentation qu’elle met en abyme, rejetant pour l’occasion la critique d’une relation passive et candide que le téléspectateur aurait à l’image, interrogeant la légitimité de procédés qu’elle affectionne car ils font appel à l’émotion (mise en scène de Marie Besnard à qui l’on demande de s’adresser au téléspectateur face à la caméra).

 

• L’affaire Omar Raddad

Autre affaire sur laquelle la lumière ne sera jamais vraiment faite et qui se terminera elle aussi par un acquittement, celle d’Omar Raddad, assassin présumé de Ghislaine Marchal. Cette fois, ce n’est pas la personnalité de l’assassin qui va nourrir l’intérêt pour ce fait-divers, mais une pièce à conviction, graffiti à l’orthographe fautive, qui deviendra la plus médiatisée des signatures d’un crime.

 

Observer

La veille de l’ouverture d’un procès, la télévision se livre au rappel des faits. L’exercice est souvent traité de manière académique. C’est le cas pour ce premier extrait. Sa construction est chronologique : arrestation, témoignages, instruction, reconstitution, stratégies de défense. Son « casting » est prévisible : les rôles sont distribués selon une trilogie classique : l’assassin présumé et sa défense, les témoins et enfin la victime, représentée par l’avocat de la partie civile. Seule originalité au tableau, l’idée de reproduire en surimpression la signature présumée de l’assassin sur l’image du théâtre du crime. Ce graffiti, « Omar m’a tuer », marquera les esprits, à tel point qu’il inspirera des titres accusateurs, comme celui d’André Rousselet, ex PDG de Canal+, qui reprochait à Edouard Balladur, Premier ministre de l’époque, son éviction de la présidence de la chaîne (« Edouard m’a tuer », in Le Monde). On notera qu’Omar Raddad est filmé menotté. Aujourd’hui, le droit à l’image protège les présumés innocents : il est interdit de les photographier ou de les filmer, menottes aux poignets. Le deuxième extrait, constitué à majorité d’archives, revient aussi sur les faits (seconde partie). Dans une première partie, il renvoie au procès. Dans l’articulation de ces deux parties, le montage nous interpelle : se succèdent en gros plan le visage d’Omar Raddad et celui de la victime, Ghislaine Marchal. On voit d’abord Omar Raddad se tourner vers la droite et faire un clin d’œil complice à quelqu’un qui est hors champ. Cut, puis apparaît le visage de G. Marchal, figé par le cliché, le regard tourné vers la gauche. Cette mise en relation des visages, l’insistance sur ce clin d’œil énigmatique, la divergence des regards, font surgir, au cœur même du sujet, une signification inattendue qui interroge le sens du commentaire en voix off.

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