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Faits-divers 3

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Faits-divers en tous genres

Hormis les grandes affaires criminelles et les catastrophes majeures que la télévision met largement en scène, il y a le florilège du fait-divers ordinaire que nous livrent quasi quotidiennement les médias : accidents, petits crimes crapuleux, braquages, escroqueries en tout genre, qui composent une inépuisable liste à la Prévert.

• Accidents, gangsters et cie

Gangsters et accidents : ce sont les catégories les mieux représentées dans la chronique des faits-divers. La première met en scène l’affrontement des « gendarmes et des voleurs ». Pour les « petites frappes », la télévision a vite fait d’ironiser sur leur sort : vite trahis, vite pris. La télévision raffole des images de leur capture, qui font le bonheur de l’honnête homme. L’autre catégorie concerne les accidents de toutes sortes. Ceux dont la cause reste inexplicable bénéficient d’un réel avantage : leur succès d’audience tient à une formule gagnante qui allie mystère et émotion.

 

Observer

Dans le premier extrait (ORTF, 1962) qui relate un vaste coup de filet policier dans le milieu marseillais, on retrouve les invariants typiques d’un fait-divers de cette nature : la description visuelle du lieu de l’affrontement entre truands et policiers, la brochette de gangsters arrêtés, exhibés menottes au poing et conduits à l’hôtel de police, la mise en évidence de la panoplie des armes confisquées. Cet air de déjà-vu dans le traitement du coup de filet est aussi évoqué par l’utilisation du gros plan, technique classique pour signifier la dangerosité des malfaiteurs et la force que la police doit déployer pour les neutraliser. Ainsi, montre-t-on avec insistance l’impact des balles sur le mur et le toit de la voiture et autres détails de la panoplie guerrière. Et comme si le plan à valeur de loupe ne suffisait pas pour traduire l’intention, on accompagne l’effet d’un geste de monstration, du bras et de la main. Le reportage est soutenu par une bande son commentaire qui explicite images et scènes muettes. On a mixé la voix du journaliste avec une musique choisie pour sa neutralité (musique atonale). On notera enfin les individus menottés. Il ne serait plus possible aujourd’hui de les montrer dans cette posture, jugée dégradante pour quelqu’un qui n’a pas encore été condamné (voir 1, 2, ci-dessus). Le second extrait (A2, 2004) signe une approche très contemporaine du reportage : on introduit le sujet par le constat d’un ressenti qui confère au fait-divers une dimension tragique (micro trottoir pour témoigner de l’émotion qu’éprouvent les pécheurs). Le déroulé qui suit fonctionne, par opposition, sur un registre rationnel : il s’agit d’émettre des hypothèses pour expliquer le naufrage. Ces hypothèses étant invalidées par les experts, on extrait des archives l’image d’une catastrophe semblable, marquée du sceau du mystère. Cette allusion au mystère est l’une des recettes du succès médiatique d’un fait-divers.

• Du marronnier à la parodie

L’actualité du moment, la météo et le calendrier des Français ont un lien certain avec le fait-divers : le mois d’août apporte son lot de noyades ; les lendemains de réveillon marquent la recrudescence des accidents de la route ; durant les mois d’été on enregistre des cas d’insolation ; les mois d’hiver font des victimes chez les sans-abri. Ces faits-divers sont des marronniers dans la chronique du temps qui passe. L’histoire qu’ils racontent et les personnages qu’ils mettent en scène ne méritent pourtant la parodie que si leur dimension dramatique est soigneusement mise à distance par l’humoriste.

 

Observer

Rapportée par les médias, la mort d’un SDF (premier extrait), victime du froid, ressemble à un tragique marronnier, tant l’histoire semble se répéter, année après année, à la même époque. Le lieu du décès ajoute au malaise car il nourrit symboliquement la confrontation entre l’univers des privilégiés (propriétaires d’une automobile) et des laissés pour compte (réduits à vivre sous l’autoroute). En ce sens, la première image est exemplaire : elle montre la scène en plan d’ensemble, depuis l’autre côté de l’autoroute, de telle façon que l’on voie les voitures, au premier plan, traverser rapidement le champ. Le zoom final sur le SDF dramatise l’effet recherché : dénoncer le scandale de l’indifférence. L’image d’ouverture est scandée avec insistance dans le sujet sous forme de variantes : alternance du point de vue (champ visuel) de l’automobiliste et du SDF. Elle nous invite à revisiter, sur le mode grinçant, la représentation stéréotypée du clochard philosophant à l’abri d’un pont (renvoi intericonique). Le second extrait (FR3, 1983), en rupture par rapport au premier, s’inspire d’un quelconque fait divers sanglant (meurtre en série) et le joue sur le mode parodique. Le pathos est évacué pour laisser la place au divertissement. Le découpage cinématographique de l’action et le rôle à contre-emploi du comédien définissent la bonne distance au sujet. Grinçant mais efficace.