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Le journal télévisé : Le reportage

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Un journal télévisé est composé d’un ensemble de sujets liés la plupart du temps à l’actualité, et déclinés sous plusieurs formes : brèves, interviews plateau, reportages. Le reportage, parce qu’il retrace en images l’événement, peut être considéré comme l’élément le plus représentatif du journal. Aussi proposons-nous d’analyser et de comparer les contenus de deux reportages sur un même thème, réalisés à deux époques différentes.

• La place du reportage dans le JT

L’importance de l’information rapportée est traduite par son positionnement dans le JT. Ainsi, une information supposée toucher un large public sera mise en valeur dans le sommaire et pourra faire l’ouverture du journal, ce qui est le cas dans les deux exemples proposés.

 

 Observer
Dans le journal du 2 août 1965, présenté par Léon Zitrone, le reportage sur les incendies de la chaîne des Maures ouvre le journal. Le sujet n’est pas inscrit dans un sommaire. Un seul carton annonce l’information lue par le présentateur. Plus tard, après le reportage, Zitrone présentera les différents sujets du JT, confirmant l’importance donnée à cette information qu’il place en première position.
Quarante ans plus tard, les incendies qui ravagent le sud de la France font toujours l’ouverture du JT le 1er septembre 2001. Néanmoins, comme tous les sujets jugés importants, ils sont annoncés dans un sommaire. C’est le cas de ce reportage diffusé en 2001, qui précède trois autres titres. Six plans le résument dans une courte séquence qui joue le rôle d’accroche (gros plans sur les flammes) et en suggère la dimension narrative (intervention d’un hélicoptère).

 

• Le lancement du reportage

Le lancement sert à introduire le sujet. Dit par le présentateur, ce texte court obéit aux règles de présentation des informations dans tout organe de presse : l’essentiel doit être dit dès le début sans pour autant déflorer le commentaire du journaliste chargé du reportage.  Le lancement se place dans un registre d’énonciation factuelle. On y retrouve le questionnement usuel : qui ? où ? quoi ? quand ? pourquoi ? comment ? Aller-retour entre plateau et reportages, le lancement confère au journal cohérence et fluidité.

 

 Observer
Comment expliquer  le caractère sommaire du lancement effectué par Léon Zitrone qui se résume à un seul carton dont le texte est dit par le présentateur ? Manque de moyens ? Balbutiements de la technique ? Ou référence aux actualités filmées  proposées en première partie de programme dans les cinémas ?
Le lancement effectué par Béatrice Schönberg contraste singulièrement avec celui de Léon Zitrone. Son style est représentatif des lancements actuels : bref résumé des circonstances et de l’ampleur de l’événement (ici les incendies dans le sud de la France) qui sont autant de réponses aux questions dites de « référence » (Qui ? Où ? Quoi ? Quand? Pourquoi ? Comment ?) ; recours à une écriture imagée propre à susciter l’émotion («la rampe de feu », « des équipes (…) qui luttent contre l’impossible », « 1300 hectares de maquis décimés »). Notons enfin que le lancement se termine – c’est souvent la règle – par la mention du nom des journalistes qui ont réalisé le reportage et par une infographie qui permet de localiser l’événement sur une carte.

 

• Analyse des reportages

Le reportage est l’élément fondamental du JT. Parce qu’il rend compte d’un événement en l’illustrant avec des images et des sons, il donne un sens à l’information télévisée et se caractérise à la fois par un format, une écriture et un style.
– Format. Un reportage n’excède jamais quelques minutes. Actuellement, la durée moyenne d’un sujet est de 90 secondes, alors qu’elle était de 3 à 4 minutes il y a une trentaine d’années.
– Écriture. En reconstruisant l’événement pour le rendre compréhensible,
l’écriture du reportage s’appuie sur une sélection d’images et de sons mise en relation avec un commentaire. Enregistré a posteriori, ce commentaire confère à l’ensemble cohérence et unité.
– Style. Images captées sur le vif, caméra à l’épaule, plans courts montés dans des séquences au rythme rapide visent à produire un effet de réel. Ces éléments de style authentifient l’événement et donnent au téléspectateur le sentiment d’y participer.

 Observer
« La chaîne des Maures ravagée par l’incendie »(JT 20 heures du 2 août 1965)
Ce reportage de 1965 paraît s’inscrire dans la tradition cinématographique des actualités filmées : par sa durée (3 minutes environ), la longueur de ses plans, le rythme lent de son montage, le ton quelque peu mélodramatique de son commentaire et son illustration musicale.
Le parti pris de décrire l’incendie par une série de panoramiques et de plans rapprochés souligne une intention forte : montrer la gravité de l’événement. L’insistance avec laquelle on s’attarde sur les ravages du feu (tentes et ustensiles de camping brûlés, hôtel détruit) procède de la même volonté. La musique, omniprésente, renforce le poids et la tonalité dramatique de ces images. Il est vrai qu’à cette époque tous les reportages n’étaient pas tournés en son direct, ce qui explique dans ce sujet l’absence de sons d’ambiance et le recours à une musique.
Le commentaire fonctionne comme un récit illustré par des images avec lesquelles il n’est pas toujours dans un rapport d’adéquation. C’est un texte très écrit qui évoque un article de presse. Il est construit sur un aller retour du présent au passé, procédé plutôt littéraire.

 

 

 Observer
« Sud est : retour de flammes » (JT 20 heures de France 2 du 1er septembre 2001)
Dans sa forme et sa durée (environ 1 minute 30) ce sujet est plutôt exemplaire des reportages des journaux télévisés actuels, à la fois dans son souci de construire l’espace, de créer un univers sonore complexe et de s’appuyer sur un récit qui colle aux images.
L’attention du téléspectateur est attirée dès l’ouverture par une succession de plans courts, montés « cut », points de vision multiples sur l’incendie qui suscitent l’émotion.
Ces images introductives ont un effet d’entraînement : elles nous invitent à suivre le reportage.
Aux images du feu succèdent des plans qui servent à circonscrire l’espace de l’action (pompiers en position, canadair qui déverse de l’eau sur les foyers d’incendie) et à situer l’événement dans son environnement (villages, collines avoisinantes, etc.).
Ces images s’accompagnent d’une bande son qui fait l’économie d’une illustration musicale et privilégie le son direct (bruits d’ambiance, captation des propos des pompiers), dans le but de produire un effet de réel. Les propos recueillis (le colonel des pompiers et un habitant) authentifient l’événement et témoignent de sa gravité.
Dès lors, le commentaire du journaliste peut véritablement servir sa vraie fonction : faire le lien entre les entretiens et les introduire ; commenter les images et leur donner un sens en évitant de les décrire de manière redondante ; dessiner enfin la structure d’un récit, construit comme c’est souvent la règle, en trois parties (état des lieux, flash back sur l’origine de l’incendie, développement et perspective).
On pourra enfin s’interroger sur les éléments d’information apportés par le commentaire et ceux donnés par les images.