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L’immigration en France 2

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Immigrés dans la ville

La question de l’immigration est complexe. Elle renvoie à des enjeux sociaux, civiques, politiques, économiques et démographiques. Chacun de ces aspects trouve une illustration dans une problématique particulière : celle d’un urbanisme qui ne transforme pas en ghetto des zones périphériques aux villes, celle d’une gestion des quartiers immigrés qui ne mise pas sur le tout répressif, celle enfin d’une politique qui fasse des clandestins des individus « visibles » dans la cité. Les quatre extraits qui suivent suscitent ces différents questionnements.

• Zones d’exclusion

L’exclusion dont sont victimes les populations immigrées est la plus manifeste si l’on prend pour référence les lieux de vie. Des lieux qui ont pour nom bidonville ou cité d’urgence. Un vocable péjoratif les désigne : la zone. Aujourd’hui, on parle de « cité ». Dans ces espaces, les équipes de reportage ont témoigné, au fil du temps, et souvent avec pudeur, sur cette réalité qui dérange : en recueillant les propos amers de ces laissés pour compte, en donnant à voir les images d’un décor insupportable vécu au quotidien.

 

 Observer

Extérieur jour, intérieur jour. Dans son inventaire des espaces, le sujet (premier extrait) procède de façon académique : du dehors au dedans. Si l’on exclut les deux interviews qui clôturent le sujet, tentative émouvante d’incarner le spectacle de la misère, l’essentiel du reportage repose, au plan visuel, sur le même constat, celui du dénuement et de la détresse. Ainsi, la caméra se fait stylo pour montrer l’indicible : le terrain vague où jouent les enfants, les baraquements en ruine et les plafonds crevés. Ces touches impressionnistes portent en soi un commentaire. Elles semblent renvoyer à un univers que les médias ont mille fois rapporté : celui des bidonvilles du tiers-monde. Hors contexte, la référence serait juste. Mais le sujet prend soin, dès l’ouverture de la rapporter au monde occidental par le jeu d’un zoom arrière. C’est le début d’un long plan séquence où tout est dit : le scandale de la précarité aux portes de la ville, l’insalubrité au quotidien, la marginalisation de ces travailleurs et l’exotisme de leur culture réduite à cette image symbole et dérisoire du mouton qui erre dans les flaques d’eau.

Deuxième extrait. Il s’agit d’un sujet déclencheur. Comme il se doit, il renvoie dos-à-dos les parties pour stimuler le débat sur le plateau. Les trois premiers plans sont remarquables. Ils fonctionnent sur une double figure : métonymie et métaphore. Révolte et dégradation sont évoqués dans l’image de la cage d’escalier, délabrée, couverte de graffiti, réceptacle de détritus. Cette métonymie de la « zone » convoque une métaphore : les détritus amoncelés suggèrent les « cités poubelles ». Ce constat, évidemment partial, suffit-il pour condamner les cités à la destruction ? Ceux qui pourraient le penser voient leurs arguments réduits à néant (littéralement dynamités) par l’effet ironique du montage : les propositions de J.-L. Borloo sont suivies immédiatement par un plan d’implosion de bâtiment.

 

• Quartiers d’immigrés

Dans la ville, les quartiers à forte proportion d’immigrés sont réputés être les plus « chauds ». La criminalité y serait la plus forte. Idée reçue qui mérite examen, si l’on en croit le premier reportage. Autre idée reçue à mettre à l’épreuve des faits : les immigrés « illégaux » trouvent en France une existence plutôt meilleure que celle qu’ils ont connue dans leur pays d’origine. Faux, nous suggère le second extrait : ils sont souvent exploités et souffrent d’être contraints à vivre dans la clandestinité.

 

 Observer

Dans ce premier extrait, c’est indubitablement le personnage de Medhi qui se détache. Son parler vrai, son bon sens et sa remarquable finesse d’analyse le rendent particulièrement attachant, en rupture totale avec l’image que l’on pourrait se faire d’un adolescent de quartier réputé difficile. Cette sorte d’inversion des signes commande une logique de montage appropriée : ponctuant l’entretien, les plans de coupe sur les policiers confèrent un sens inattendu à leur présence ; loin d’être efficace ou tout simplement inévitable, leur patrouille semble tout simplement inutile, contre-productive et déplacée. De même leurs pratiques, parodiées par des gamins (autre plan de coupe) qui jouent à la fouille. Ainsi, Medhi a le dernier mot : il parvient à détourner l’épithète « chaud » dans l’expression « quartier chaud », pour lui faire signifier chaleur et convivialité. Le thème du second sujet se prête bien à un reportage de type investigation. Dès l’ouverture, il en adopte le style : il s’efforce de donner le sentiment au téléspectateur que les plans sont filmés à l’insu des personnages et en cadre suffisamment large pour qu’on ne puisse les identifier. De la même façon, il propose une scène qui donne l’illusion d’une captation spontanée. La séquence qui lui succède a une fonction de validation. D’où le choix d’un « notable » (commerçant qui a pignon sur rue). Ses propos confirment les déclarations qui précèdent. L’inévitable étude de cas (jeune couple entré sur le territoire clandestinement), caractéristique du reportage d’investigation, clôt le reportage.

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