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L’immigration en France 1

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La question de l’immigration

Dans l’agenda des journalistes, la question de l’immigration en France occupe une place privilégiée. Cette préoccupation se traduit par des coups de projecteur sur des événements liés au statut et aux revendications des immigrés et par des reportages ou dossiers qui tentent de cerner le phénomène et d’en donner les clés, historique, politique, sociologique, etc.

• Historique

Régulièrement traité à la télévision, le thème de l’immigration fait parfois l’objet d’exposés approfondis. Le magazine Géopolis de novembre 1993 (cf. les deux extraits) est un bon exemple de cette démarche documentaire et didactique. Les images d’archives, sous forme de séquences de films ou de diaporamas, et d’infographies relaient l’exposé explicatif.

Observer

Le premier extrait (seconde vague d’immigration) est écrit comme une « récap » (« récapitulation », en langage journalistique) : structuration chronologique, commentaire en voix over qui organise un récit purement descriptif, mise en évidence des articulations, traduites par des séquences d’images renvoyant à des événements historiques immédiatement identifiables (défilé de la victoire à Paris, parade du Duce en Italie, etc.). La narration fonctionne sur la mise en relation, le plus souvent littérale, et parfois ironique, d’un texte et d’une image. Ainsi, le commentaire « la France a besoin de main d’œuvre » illustré par l’image d’un balayeur maghrébin, le tout sur un discret fond de Marseillaise. Le second extrait (troisième vague d’immigration) porte la marque d’un nouveau style : la généralisation progressive du tournage avec une caméra légère et l’influence du cinéma direct, dès les années soixante, autorisent les rendus d’ambiances sonores et surtout les témoignages in situ qui confèrent à l’ensemble une indéniable authenticité. Ainsi l’interview du jeune immigré africain. Dans ce pur morceau d’anthologie, digne d’un cinéaste de talent comme Jean Rouch, s’expriment à la fois le paternalisme sans complexe du recruteur et la candeur désarmante du jeune homme prêt à vendre sans condition sa force de travail. Le dispositif de cet entretien qui met hors champ le recruteur et par là même nous invite à épouser son point de vue sur l’Africain crée le malaise chez le téléspectateur et souligne la nature stéréotypée, sinon caricaturale de l’échange.

 

• Candidats à l’immigration et droit d’asile

Quand ils traitent le thème de l’immigration, les journaux télévisés se font notamment l’écho de deux dossiers brûlants : le sort des « candidats » à l’immigration, promis à l’expulsion, et les revendications des sans papiers (sit-in, grève de la faim, etc.). Ces reportages ont pour effet d’alerter l’opinion sur le statut des immigrés et de susciter un débat d’opinion.

 

Observer

Le premier sujet ne s’attache que d’une manière accessoire à traduire le ressenti de ces hommes africains qui tentent de « forcer » la frontière pour venir s’établir en France. Ainsi, les entretiens en situation sont brefs et les questions posées par le journaliste plutôt d’ordre général. Elles ne visent pas, en tout cas, à expliciter les motivations de ces candidats malheureux à l’immigration. Il est vrai que le reportage déplace progressivement son objet de l’humain (le vécu de ces étrangers) à la démonstration des procédures de filtrage, confiées à la police de l’Air et des Frontières. L’entretien final du commissaire et les plans d’illustration qui illustrent son propos (l’embarquement des « non admis » dans un fourgon de police), confirment le choix de cet angle que d’aucuns jugeront réducteur eu égard à la valeur dramatique des situations. Grève de la faim et dénonciation du discours des politiques : le décor est planté et il a un air de déjà-vu. Dans le va et vient entre la nef de l’église Saint-Joseph et le local de l’association, les voix se répondent : celle du jeune militant de la cause des droits de l’homme et celle de l’étranger qui a choisi de « camper » dans un sanctuaire pour y faire entendre sa voix. Le statut et le physique de ces deux porte-parole s’accordent parfaitement à une situation dont le sujet retient la double modalité : l’anxiété (celle qu’expriment les regards tournés vers un écran de télévision, hors champ) et la sereine détermination des grévistes étendus (plan large sur la nef).

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