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La construction européenne 1

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Les étapes de l’unification

Métier sur lequel on remet maintes fois l’ouvrage, l’unification est ponctuée d’étapes dont les enjeux successifs échappent parfois au citoyen européen. Pour les restituer dans l’architecture d’ensemble, les médias puisent dans leurs images d’archives et proposent régulièrement des rappels historiques. Souvent didactiques et linéaires, ces rétrospectives alternent avec des présentations magistrales dont le parti pris est d’expliquer l’Europe avec une langue et un argumentaire à la portée de chacun.

• Rétrospectives

L’évocation de la construction européenne ne saurait se passer d’un hommage à ses pères fondateurs, Robert Schuman et Jean Monnet. Elle fait ressurgir, sous forme rétrospective, des images passées à la postérité qui ponctuent le long chemin semé d’obstacles qui conduit à l’unification.

 

 

Observer

Produit en 1963 pour les Actualités Françaises, ce premier extrait adopte la forme et le ton qui conviennent à une nécrologie. Le ton solennel du commentaire est appuyé par une musique qui évoque le registre funèbre. La dimension cérémonielle des obsèques est traduite par un choix très conventionnel de plans larges (descriptifs) alternant avec des cadrages serrés (l’émotion lue sur les visages). Ces images restituent la chronologie du « départ » : « le long cortège qui a accompagné (le défunt) à son dernier voyage ». Cette première partie événementielle en appelle deux autres qui prennent la forme convenue d’un flash back sur « l’homme, sa vie, son œuvre ». Chacune d’elles est introduite par une image symbole, hommage appuyé au « père de l’Europe » : le paraphe au bas du traité de la CECA (1951) et une coulée de métal en fusion. L’angle du second sujet peine à se découvrir. Certes, il s’agit d’un montage d’images d’archives à visée rétrospective, avec l’objectif affiché de retracer les soixante dernières années de l’histoire de l’unification européenne. Cependant, les auteurs du commentaire (le journaliste) et de l’illustration en images (le monteur) semblent prisonniers d’une chronologie événementielle, quelque peu convenue (l’Europe des décideurs et des traités), même s’ils manifestent des velléités à signifier le rôle moteur du peuple dans la réalisation de cet ambitieux projet. Leur seule véritable tentative en ce sens est l’image finale, effet spécial et création hybride d’image réelle et infographique, où l’on voit un jeune garçon tenir à bout de hampe de drapeau une Europe élargie à 25 membres.

 

• L’Europe expliquée aux Français

On est en 1957. Le grand public a du mal à comprendre la construction de l’Europe, du point de vue institutionnel et économique. Pour expliquer les enjeux et justifier les procédures qui structurent le projet, les médias font œuvre de pédagogie : ils mettent en scène des partisans convaincus de l’idée européenne et choisissent des mots simples pour « raconter » le marché commun.

 

Observer

Ce premier volet d’un diptyque produit et diffusé par l’ORTF en 1957 affiche clairement ses intentions dans un carton d’introduction au visuel très évocateur. Il s’agit d’expliquer aux téléspectateurs le pourquoi de l’Europe. L’explication est magistrale. Pour la légitimer, on fait appel à une sommité, Georges Vedel, spécialiste de droit constitutionnel. Un journaliste est censé l’interviewer, jouant ainsi le rôle d’un substitut du public. La mise en scène théâtrale de cette scène introductive et son écriture très cinématographique confèrent à l’échange un caractère artificiel. Un tel dispositif paraît contre-productif : loin d’entraîner l’adhésion du public, il crée un espace de communication très formel. De même, l’idée d’utiliser un projecteur de cinéma pour montrer des images d’archives en relation avec l’idée européenne est superflue. Cette mise en abyme semble avoir pour effet de mettre le téléspectateur de l’époque à distance de documents qui appartiennent à son vécu.
Le second sujet, contemporain du précédent et produit pour les Actualités Françaises est à proprement parler un « message » au sens où il s’apparente, par le ton, le commentaire, l’argumentation (parfois candide) et la dramatisation du contenu (qui pointe l’émergence d’une super puissance) à un objet de communication, pour ne pas dire de propagande. C’est en tout cas la perception qu’en aurait le public aujourd’hui. Il s’attache moins à informer qu’à démontrer et à prouver. Son développement, soutenu de bout en bout par un air martial désigne un point d’orgue, touche finale qui annonce l’aboutissement d’un projet (le marché commun) dont les vertus semblent ne faire aucun doute.

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