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La construction européenne 2

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Doutes et suspicions

C’est dans un climat de doute et de suspicion que s’est faite la construction de l’Europe. Deux événements nous le rappellent : l’adhésion de la Grande-Bretagne dans le Marché commun, précédée d’une longue période de méfiance réciproque, et la création d’une monnaie unique, très vite accusée de stimuler l’inflation.

• L’adhésion de la Grande-Bretagne

Les réflexes insulaires de la Grande-Bretagne, ses liens privilégiés avec les pays du Commonwealth, l’euroscepticisme de nombreux de ses sujets n’ont pas facilité, d’un côté comme de l’autre, son adhésion au Marché Commun. Close en 1972 par la signature du traité, cette chronique aura alimenté pendant près de dix ans les pages de politique étrangère et fait ressurgir de nombreux stéréotypes.

 

Observer

Ce numéro d’Édition spéciale diffusé par l’ORTF en 1963 (premier extrait) s’apparente déjà, dans sa forme, à ce que nous appelons aujourd’hui le magazine d’information. Ainsi, le choix de faire alterner des images de reportages et des plateaux, d’animer les plateaux en créant un dialogue entre deux journalistes, d’avoir recours à des bancs-titres de journaux, d’utiliser des cartes ou autres représentations schématiques (ancêtres de l’infographie) pour éclairer un point technique ou une notion abstraite. L’ensemble, néanmoins, reste statique et manque de spontanéité : le dialogue entre les deux journalistes est écrit, les images de reportages sont utilisées uniquement en plan de coupe sur les commentaires, le banc-titre sur les unes de journaux est peut-être trop long et répétitif, surtout en ouverture de « magazine ». Les journalistes semblent prisonniers du ton et de l’allure d’un exposé académique : il faut, par exemple, attendre la fin de cette séquence de 12 minutes pour connaître les raisons de l’échec de l’adhésion de la Grande-Bretagne alors qu’un magazine contemporain placerait ce segment en accroche. Enfin, c’est « la voix de la France » qui s’exprime (« Telle est la position de la France » conclut le journaliste, M. Ferro). Le point de vue officiel prime sur celui du journaliste qui parle sous le contrôle de son ministre de tutelle, le ministre de l’Information.
Dans la perspective de la signature prochaine du traité d’adhésion de la Grande-Bretagne à la CEE, l’ORTF consacre un dossier (second extrait) qui retrace les péripéties de la candidature de ce pays. À quelques rares exceptions près, le son direct n’est pas exploité dans ce reportage. In ou off, la voix du journaliste, parfois mixée avec une musique qui se veut de circonstance, est omniprésente. Dès lors, l’image intervient comme simple support à un commentaire qui pourrait se suffire à lui-même. À l’évidence il s’agit bien plus d’une écriture radiophonique que télévisuelle.

 

• La création d’une monnaie unique

L’euro dont la valeur est tout autant symbolique que fiduciaire contribue à la cohésion du projet européen. Pour souligner cette dimension emblématique les médias ont fait de sa création un événement. Depuis, l’euro, star d’un jour, se retrouve sur la sellette : pointé du doigt par ses détracteurs, il est rendu responsable de l’inflation et de l’augmentation des prix. Sur ce sujet, les reportages de télévision abondent.

 

Observer

Premier extrait. Un sujet de 1996 présente la maquette des futurs billets en euro. Il n’était pas facile de construire et d’écrire un sujet purement factuel comme celui-là. Le journaliste parvient néanmoins à rythmer son reportage en le coulant dans le moule canonique en vigueur : la disposition tripartite du contenu. L’insertion d’une déclaration en son direct est indispensable pour diversifier une présentation qui ne pouvait être traitée qu’au banc-titre. Pour animer ces séquences spécifiques, par nature statiques, on utilise un banc-titre électronique. Enfin, pour faciliter l’entrée dans un reportage qui renvoie à un matériau inanimé, des billets de banque, on choisit une accroche forte qui a une vraie fonction de « teaser » puisqu’elle joue sur le suspense (qu’attend la foule?) et rend désirable (impatience de la foule) le dévoilement du référent, la maquette des billets.
Le second extrait (2001) consacré à l’effet de l’euro sur les prix est très contemporain dans sa forme et son traitement. Dans son traitement, il privilégie – ce qui est une tendance moderne très souvent attestée- l’investigation : on va sur le terrain, on enquête puis on interviewe un panel d’individus supposés traduire les principales opinions sur le sujet. C’est bien le cas ici : dans des supermarchés, on constate, produits à l’appui, l’envolée des prix, et on soumet ces chiffres aux avocats des « victimes » (60 millions de consommateurs ), aux responsables supposés de la flambée des prix (un représentant des industries de consommation) et aux instances officielles (un représentant du gouvernement). La forme problématique de cette approche demande au téléspectateur une lecture bien plus active que dans les reportages de type linéaire que l’on trouve dans la première partie de ce numéro.

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