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La construction européenne 3

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Les enjeux de l’intégration

Pour le grand public, les enjeux liés à l’intégration sont difficiles à cerner. Aussi, pour appréhender d’une manière plus concrète les étapes accomplies ou mesurer le chemin restant à parcourir, la télévision propose-t-elle des émissions qui vulgarisent l’idée d’union européenne. De la même manière, elle inscrit à son agenda les dates des consultations populaires liées aux décisions communautaires.

• Objectifs affirmés

Pour avancer, l’Europe a besoin de se fixer des objectifs et des échéances. Pour les rendre intelligibles, les médias leur consacrent régulièrement des émissions à visée pédagogique et des comptes rendus événementiels. Ainsi, en 1957, l’ORTF produit une série pour expliquer les raisons de la construction européenne (premier extrait). A chaque date anniversaire mais aussi à l’occasion de réunions auxquelles le sort de l’Europe est lié, le JT consacre un sujet ou un dossier. En décembre 1991, par exemple, Antenne 2 fait le point sur les acquis de Maastricht (deuxième extrait).

 

Observer

Seconde partie d’une série à visée pédagogique (expliquer l’Europe au grand public), cet extrait (ORTF, 1957) est conçu sur le même modèle que le précédent (Cf. 1, 2 de ce numéro). La scénographie est similaire. Pourtant, l’interprétation est moins guindée. Cette fois, on fait l’économie du rôle de l’huissier qui introduit le journaliste mais on fait surgir un nouveau figurant : le projectionniste. Tous ces artifices traduisent sans doute une intention dans l’esprit de son auteur : évoquer une mise en scène cinématographique pour donner une forme plaisante à un entretien dont le sujet n’a rien a priori de stimulant. Ce même souci de capter et soutenir l’attention du téléspectateur justifie, pour le reportage, le choix d’un accompagnement musical, plaqué artificiellement sur le commentaire, la création d’animations qui viennent en renfort des expositions jugées trop abstraites et, par prudence, des illustrations littérales univoques (dites « téléphonées »).
Quarante-quatre ans après le traité de Rome, fondateur du Marché commun, les nations européennes se retrouvent à Maastricht pour signer, à douze cette fois, un traité d’union qui donnera naissance à l’Union européenne (deuxième extrait). Pour rendre compte de cet acte historique, le journaliste choisit de restituer chronologiquement le déroulement de la rencontre. Cette forme est la plus efficace pour traduire le « film » des événements. Elle permet de reconstruire l’espace-temps du sommet de Maastricht : elle fait apparaître les moments forts et désigne les premiers rôles, J. Major, F. Mitterrand, H. Khol dont l’affrontement crée une tension dramatique (qui conduit à un dénouement narratif prévisible : l’apaisement).

 

• Perspectives

Les projets d’intégration n’ont pas toujours la vertu de séduire les Européens. Et les perspectives de les réaliser restent souvent hypothétiques. Les politiques le savent, qui montent à la tribune ou produisent des spots électoraux, dans l’espoir de convaincre les électeurs de les suivre dans la voie de la ratification des traités. Dernier événement en date, de cette nature, le traité constitutionnel de 2005 qui a appelé aux urnes Français et Espagnols.

 

Observer

Message électoral (35 secondes) signé de l’UMP pour inciter les électeurs à voter oui au référendum sur l’Europe de 2005 (premier extrait). L’efficacité de cette séquence tient à la forte imbrication de composantes visuelles et sonores collaborant à la production d’un message immédiatement lisible. L’élocution franche, le ton convaincu et le débit maîtrisé du locuteur conviennent bien à ce texte performatif (qui encourage l’accomplissent d’un acte). La musique qui l’accompagne et le porte de bout en bout évoque une fresque en cinémascope et l’aspiration à de "nouvelles frontières". L’image est au service du texte, vraisemblablement couchée a posteriori de l’enregistrement du message. Elle épouse sa scansion, par le biais du montage, et met en valeur les mots clés qu’elle interprète de manière littérale, pour produire un meilleur effet.
À la veille des élections sur le traité constitutionnel, François Hollande vient prêter main forte à J. L. Zapatero pour inciter les Espagnols à voter oui (deuxième extrait). Le sujet est plat tout comme l’événement qu’il rapporte, prévisible dans les déclarations des deux hommes politiques, la mise en scène de l’audience, son allégresse de circonstance, manifestée à l’anglo-saxonne avec des jets de confettis. Le cameraman propose des vues subjectives de la foule et des hommes politiques sur l’estrade, plans décadrés de la salle et des hommes à la tribune. Il combine ces plans avec des mouvements d’appareil qui donnent une sensation de roulis. Le journaliste, qui l’observe, lui demande de faire un travail plus académique. Alors, il filme les orateurs comme on le fait toujours : en plan américain pour cadrer derrière eux une brochette de supporters le sourire aux lèvres. Économe de ses mouvements, le cameraman ne bougera guère durant le reportage. Il restera sur l’estrade, à côté de la tribune, se contentant de faire pivoter sa caméra pour choisir différents axes.