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Les émissions de reportage 3

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Les magazines de reportage

Les magazines de reportages évoquent volontiers le « grand journalisme ». Nés dans les années soixante, ils ont l’ambition d’être le témoin des grands événements politiques du monde mais aussi des changements qui s’opèrent dans la société française. La matrice des magazines pionniers ne cessera d’inspirer de nouveaux projets, les uns généralistes, les autres thématiques. Certains seront tentés par des traitements plus proches des techniques de l’ « entertainment » que du sérieux de l’enquête journalistique.

• Les pionniers

Le magazine de reportage, traduction de « newsmagazine », format américain d’émission dont il s’inspire, a pour ancêtre, en France, Cinq colonnes à la Une. Le succès de ce dernier tenait à l’originalité de sa formule : un contenu puisé dans l’actualité internationale, la diversité des éclairages, le souci du décryptage, un style qui se voulait moderne et dynamique. Ce concept sera repris, quelques années plus tard dans un autre magazine de « grand journalisme », 7 jours du monde dont l’ambition affichée était d’approfondir et d’expliquer les événements de la semaine écoulée.

 

Observer

Le sujet de Cinq colonnes à la Une choisi pour premier extrait date d’un demi-siècle et pourtant son style et ses partis pris sont résolument modernes. Tout d’abord, l’idée de faire un sujet sous forme de making of du tournage d’un film est nouvelle, même si le choix semblait s’imposer au vu de la stature du protagoniste. Plus intéressant à commenter est le style : il s’apparente au cinéma vérité qui a vu le jour à la fin des années 1950. Dans la veine de ce nouveau cinéma documentaire, on ne s’encombre pas de mise en scène. On capte le moment tel qu’il est vécu et peu importe si le personnage est de dos, si la lumière n’est pas optimale et le son imparfait. Toutes ces imperfections, loin de nuire au sujet, scellent l’authenticité du moment, en font un témoignage unique. Ce choix de captation dévoile le parti pris du reportage : placer le téléspectateur dans la position de celui qui, se tenant discrètement derrière le Saint Père, assisterait à la scène et recueillerait la confidence. Le reportage sur Cuba (deuxième extrait) s’apparente par le style à Cinq colonnes à la Une. Il lui est contemporain et, de toute évidence, il retient la leçon de son illustre modèle : choisir une écriture résolument moderne, privilégier une caméra mobile, un rythme rapide et des entretiens dynamiques. L’idée, centrale à la réalisation, est la même que dans Cinq colonnes, prendre tout sur le vif : les passants qui se retournent pour dire un mot au journaliste et poursuivent leur chemin, les jeunes filles qui jettent un regard complice à la caméra, les clins d’œil admiratifs pour les formes suggestives des Cubaines, les grandes mises en scène de l’entraînement militaire comme si vous y étiez. Quant au commentaire, il tranche avec celui qui était habituellement employé : pontifiant, parfois ; pseudo objectif, toujours. Ici, les auteurs revendiquent une subjectivité et interrogent directement le public. Tout cela est nouveau pour l’époque.

 

• Perspectives nouvelles

Le magazine de reportages s’est diversifié, en termes de format mais aussi de contenu. Des magazines thématiques sont apparus, mettant moins l’accent sur l’actualité événementielle que sur les enjeux du moment, au plan politique, social ou écologique. Le magazine Géopolis est un bon exemple de ce choix éditorial. D’autres magazines ont jugé pratique (et économique) de proposer une compilation de sujets d’actualité déjà diffusés. Un jour en France, par exemple. Cette formule de « recyclage » est intéressante pour les choix qu’elle opère : elle met en avant des sujets jugés attrayants, dessinant ainsi une nouvelle tendance du magazine de reportage, « news as entertainment ».

 

Observer

Un nouveau magazine de reportages, promis au succès, est l’émission à vocation écologique et/ou géopolitique (premier extrait). Il renvoie la plupart du temps à un enjeu planétaire (ici, le problème de l’eau). Son traitement s’appuie volontiers sur une étude de cas (ici, la gestion de l’eau dans le Croissant fertile). La dimension didactique n’est pas absente ; elle se traduit par l’omniprésence du commentaire et l’utilisation de cartes géographiques. Quant aux témoignages, on les doit à des experts ou des praticiens de terrain. Les images ont une valeur essentiellement littérale et explicative. Ce type de programme est en prise avec l’actualité : il répond aux attentes de nombreux téléspectateurs, sensibles à la problématique de l’interdépendance des problèmes qui se posent dans le monde. Le deuxième extrait évoque un sujet de journal télévisé par sa durée (moins de deux minutes), son mix de commentaire, de mini entretiens et la clarté de son découpage. L’univers représenté (celui des cireurs de chaussures) conduit à adopter un double point de vue, celui des cireurs et celui des « cirés ». Ce balancement se traduit par une prédilection marquée pour les plans subjectifs : les clients sont saisis en contre-plongée en adoptant le point de vue des « cireurs » et vice-versa. D’une façon amusante, on se place aussi du point de vue de la chaussure cirée. Ce type de reportage, très anecdotique, conviendrait bien à la dernière partie d’un journal télévisé. Il permettrait de refermer le journal sur un sourire. Dans Un jour en France, ce sujet est diffusé en première position. Ceci s’explique par la logique du magazine, différente de celle d’un JT dans son rapport à l’actualité. Choisir un sujet de proximité à caractère plaisant en ouverture semble être un critère suffisant, en tout cas, pour assurer l’accroche de l’émission.