Le CLEMI

Carte du réseau des coordonnatrices et coordonnateurs du CLEMI

Accueil  >  Le Clemi  >  Ressources pour la classe  >  Décryptage  >  Les émissions de reportage 1

Les émissions de reportage 1

Imprimer la page

Affichage

Dans une émission de reportages, le générique joue un rôle d’affichage: il permet d’identifier le type de programme et de suggérer son style. S’il s’agit d’un « newsmagazine », la séquence d’ouverture évoquera volontiers, au plan visuel et sonore, les partis pris de traitement événementiel; dans une émission thématique de reportages, moins liée à l’actualité, c’est plutôt l’enjeu qu’on s’attachera à préciser: découverte de la biodiversité, protection environnementale, mise en lumière d’événements par une démarche d’enquête, etc.

• Choix éditoriaux

Les choix éditoriaux du magazine de reportage sont inscrits en filigrane dans le générique. Séquence introductive qui vise à suggérer l’éclairage donné aux « nouvelles du monde », il met l’accent sur l’approche du journaliste, grand reporter, « déchiffreur » de l’événement (ex. : générique de Cinq colonnes à la Une), ou il insiste sur le foisonnement d’une actualité traduite sur un tempo rapide (par exemple le générique d’Envoyé Spécial).

 

Observer

Sur fond de musique symphonique (la Symphonie du nouveau monde d’Anton Dvorak), le générique de Cinq colonnes à la Une (1959) choisit de dévoiler le dispositif global de l’émission : plan d’ensemble, depuis la régie, sur les écrans de contrôle et le plateau. Ce parti pris, inusité à l’époque, permet d’introduire, en plan serré et en succession, les artisans de l’émission et leur confère, ipso facto, un statut de vedette. On notera, autre nouveauté, la mention explicite, visuelle et sonore, du sponsor, Air France. Dans le style d’un affichage lumineux urbain qui n’est pas sans rappeler celui de Times Square à New York, se déroule, en grosses lettres, le titre de l’émission (coïncidence ou référence à Broadway by night de William Klein réalisé l’année précédente ?).

Le générique d’Envoyé spécial (1990) met en vedette, pour sa part, ceux qui font l’actualité. Ces anonymes, pour la plupart, sont représentés dans des situations de crise ou de conflit armé qui voisinent avec des images où triomphe la vie et l’enthousiasme qui la porte (naissance, opération chirurgicale, match sportif). Ce style de « séquence de montage » a fait des émules : on le retrouve aujourd’hui dans de nombreux magazines de reportages, avec le même souci visuel du contraste et des compositions rythmées.

• Enjeux

Dans les émissions thématiques, le générique a parfois recours à la métaphore pour désigner l’enjeu des reportages. Ainsi les génériques, ancienne formule, de Thalassa et de Faut pas rêver, compositions brillantes et véritables morceaux de bravoure, qui mettent au service du sens les explorations virtuoses de l’infographie.

 

Observer

Un des premiers génériques technologiquement innovants de la télévision française, celui de Thalassa fut remarqué, en son temps, pour son utilisation créative de la technique du morphing (procédé par lequel une image infographique se fond dans une autre et devient progressivement une nouvelle image). Dans le cas du générique de Thalassa, le « dégradé » et la métamorphose des formes sont particulièrement signifiants puisqu’ils renvoient à un univers où toutes choses sont posées comme interdépendantes, pour le meilleur ou pour le pire. Le morphing souligne la place relative de l’homme (allusion au bateau) dans un milieu dominé par la faune (poissons, coquillages). Ainsi, sommes-nous invités à repenser notre rapport à la mer, restituée visuellement et idéalement par un bleu profond (couleur en accord avec la charte graphique de la chaîne). Le générique de Stéphane Teichner pour Faut pas rêver (1990) fait également appel à l’infographie. Sa composition s’inspire des gravures de Maurits Escher (1898-1972, Pays-Bas), connu pour ses constructions impossibles et ses combinaisons de motifs qui se transforment graduellement en formes différentes. La double citation du début du générique fait explicitement référence au graveur néerlandais : la fontaine infinie et les oiseaux qui se métamorphosent en poissons. Ces espaces paradoxaux qui défient nos modes habituels de représentation rappellent l’enjeu de l’émission : faire rêver en proposant des points de vue différents et inattendus sur les choses et le monde. Le second mouvement du générique nous introduit dans un studio virtuel dérivé des formes et des principes d’animation précédents pour nous conduire à une nature morte évocatrice du voyage auquel les animateurs nous invitent.

Lire la suite : Ancrage