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Les vœux présidentiels : Une cérémonie rituelle

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Les vœux des présidents de la République, diffusés le 31 décembre à l’heure de la plus grande écoute (20 heures), constituent un rituel quasi immuable. Lieu et décor ne varient guère. L’apparition à l’image du chef d’Etat lui-même s’accompagne d’un ton et d’une gestuelle propres à toucher les téléspectateurs. La prestation du Président ne laisse place à aucune improvisation : plusieurs prises sont enregistrées avant la diffusion qui a lieu en différé.

 

Charles de Gaulle, 31 décembre 1966

Georges Pompidou, 31 décembre 1972

Valéry Giscard d’Estaing, 31 décembre 1975

François Mitterrand, 31 décembre 1985

Jacques Chirac, 31 décembre 2004  

Nicolas Sarkozy, 31 décembre 2007       

François Hollande, 31 décembre 2012 

 

Lieu et décor

Le lieu est immuable : le palais de l’Elysée. Le décor varie peu : il s’agit, la plupart du temps, du bureau présidentiel d’où le chef de l’Etat s’adresse aux Français.

Le lieu. Il est souvent désigné par un mouvement qui va de l’extérieur vers l’intérieur du palais (bureau ou salon présidentiel), comme si le téléspectateur entrait à l’Elysée (Nicolas Sarkozy). Pour ménager une transition, le premier plan peut se terminer par un zoom en direction des fenêtres du bureau (Charles de Gaulle) ou par un fondu enchaîné (François Mitterrand et Jacques Chirac). C’est la plupart du temps une image de la façade de nuit qui introduit la retransmission, parfois un drapeau tricolore. Parfois seul le perron est cadré –allusion à l’accueil du téléspectateur-(François Mitterrand) ; souvent c’est la façade en plan large qui est donnée à voir (Charles de Gaulle). Ces images, accompagnées par les très pompeuses Symphonies pour les soupers du Roi de Delalande choisies par Charles de Gaulle, s’ouvrent le plus souvent sur La Marseillaise. Avant d’apparaître à l’image, l’hôte présidentiel s’annonce par un carton exprimant l’invitation faite aux Français de manière formelle (« Allocution de monsieur Georges Pompidou, Président de la République ») ou plus informelle (« Les vœux du Président de la République »).

Le décor. A l’exception de Valéry Giscard d’Estaing qui choisit d’apparaître, le 31 décembre 1975, devant un feu de cheminée, son épouse Anne-Aymone à ses côtés, les Présidents sont la plupart du temps filmés assis à leur bureau ou, à partir de Nicolas Sarkozy, debout. L’espace de l’allocution coïncide avec l’espace de travail: le bureau. Le décor (dorures, lambris, meubles d’époque) évoque le pouvoir. Sans doute inspiré par les mises en scène intimistes des chefs d’Etat anglo-saxons, Valéry Giscard d’Estaing, quant à lui, a préféré s’adresser aux Français en compagnie de son épouse, au coin du feu. L’effet recherché est clair: créer un sentiment de proximité. L’ouverture sur les jardins de l’Elysée est privilégiée par Jacques Chirac et ses successeurs. Là encore Signalons enfin que, à partir de François Mitterrand et de l’Union européenne, le double drapeau tricolore et européen est de mise : un symbole fort.

 

Ton, gestuelle, regard

Les Présidents sont très conscients de leur ton, de leur gestuelle et de leur regard face à la caméra. Ces composantes de la représentation médiatique nous renseignent sur l’image qu’ils veulent donner d’eux-mêmes. Ils éclairent la nature du rapport (affectif, paternel, etc.) qu’ils souhaitent instituer avec le public.

Le ton et la gestuelle. Le texte dit, appris ou lu sur un prompteur, s’accompagne d’un ton et d’une gestuelle concertés. Le ton assuré, oratoire, et la gestuelle animée du général De Gaulle contrastent avec l’expression figée et le ton professoral, teinté d’emprunts gaulliens de son successeur, Georges Pompidou. Valéry Giscard d’Estaing, pour sa part, donne le sentiment de composer un personnage: débit volontiers ralenti, bras et jambes croisés, efforts visibles pour être proche de son interlocuteur. François Mitterrand en revanche, adopte un ton dialogué qui rappelle la plaidoirie. Tout est mis en œuvre pour emporter l’adhésion : modulation de la courbe mélodique, accentuation des mots importants, Jacques Chirac, dans un souci d’expressivité, habille son discours de mimiques (gestes de la main, balancement du corps etc.) sur un ton solennel.

Le regard. Le cadre choisi est un cadre serré pour rendre plus proche, plus présent celui qui s’exprime. Pour souligner cet effet, le regard caméra est privilégié. François Mitterrand est présenté en plan poitrine, cadrage caractéristique des allocutions de fin d’année. Au début, le personnage est légèrement décentré vers la droite pour dynamiser le plan et renforcer la richesse de sa composition. Encrier, drapeau, lambris, cheminée sont autant de repères visuels pour construire la profondeur de champ. De lents mouvements de zoom avant soulignent les moments forts du discours prononcé « droit dans les yeux ». En trois cadres successifs, plan « taille », plan « poitrine puis gros plan, François Hollande se fait plus intime en « se rapprochant » du téléspectateur.

 

Répétition et mise en place

L’enregistrement des vœux de Georges Pompidou et de Valéry Giscard d’Estaing ne se limite pas à la seule diffusion des images à l’antenne. Parfois, les archives donnent accès aux rushes des répétitions.

Les vœux sont d’abord un texte appris par cœur (Charles de Gaulle, Georges Pompidou). Après 1971, le discours sera lu sur un prompteur. En visionnant les rushes des vœux de Georges Pompidou, on comprend qu’il ne s’agit pas d’un enregistrement en direct. Le discours est visiblement appris par cœur : le président a recours au texte quand il se trompe. Les meilleures prises sont sélectionnées au montage. La mise en scène qui préside au discours est concertée. En accord avec le Président, elle est réglée par le réalisateur, attentif à la composition et aux valeurs de cadre ainsi qu’à l’éclairage. La préparation du tournage de l’allocution de Valéry Giscard d’Estaing montre l’intervention des techniciens: preneur de son, maquilleuse, etc. Le réalisateur, que l’on entend hors champ, dialogue avec le président et son épouse. Pendant cette mise en place, le couple présidentiel manifeste son souci d’apparaître naturel à l’image: tous deux s’efforcent de poser leur voix. Dans son fauteuil, Valéry Giscard d’Estaing recherche l’assise adéquate, son épouse s’essaie à des regards caméra convaincants.

 

Seconde partie : Un discours de circonstance