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Les vœux présidentiels : Un discours de circonstance

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Les allocutions des Présidents de la République à l’ossasion de la présentation des voeux aux Français sont des discours de circonstance qui se veulent des appels à la cohésion nationale. Ce sont aussi des discours attendus car ils dressent un bilan et dessinent des perspectives. Leur teneur politique est plus ou moins marquée en fonction de la conjoncture.

 

Charles de Gaulle, 31 décembre 1966

Georges Pompidou, 31 décembre 1972

Valéry Giscard d’Estaing, 31 décembre 1975

François Mitterrand, 31 décembre 1985

Jacques Chirac, 31 décembre 2004      

Nicolas Sarkozy, 31 décembre 2007       

François Hollande, 31 décembre 2012

 

L’adresse aux Français

Elle repose sur l’affirmation d’une légitimité, celle du chef de l’État. Elle fait souvent ressortir un sentiment d’empathie à l’égard du peuple français.

L’expression de la légitimité. La légitimité peut se traduire par l’emploi d’un « je », très présent dans le discours de Valéry Giscard d’Estaing, repris plus tard par les chefs d’Etat qui s’estiment responsables devant ceux qui leur ont fait confiance (Nicolas Sarkozy, François Hollande). Elle s’exprime aussi par un « nous » qui suggère l’image du guide investi de la mission de conduire le peuple français et de lui montrer la voie (comme chez Charles de Gaulle ou François Mitterrand, par exemple).
L’énonciation de Valéry Giscard d’Estaing est fortement personnalisée, centrée sur le « je ». Ce désir de se singulariser vient sans doute du modèle anglo-saxon. Charles de Gaulle privilégie le « nous », un « nous » paternel et à valeur inclusive (moi et les Français) qui marque une filiation (« nous sommes héritiers d’une longue histoire »). Ce « nous » dialogue avec la France et « tous les peuples de la terre » (de Gaulle). Chez François Mitterrand, le « nous » a aussi une valeur inclusive (« moi » et « vous », solidaires d’un même projet). Il alterne avec un « je », surtout quand il exprime son attachement aux vertus nationales (« Je crois de toutes mes forces à la France qui gagne »).

L’expression de l’empathie. C’est l’empathie qui caractérise le plus souvent le rapport que le chef de l’Etat établit avec les Français. On retrouve des marques de compassion chez François Mitterrand (« Nous pensons d’abord à ceux qui souffrent ») et chez Jacques Chirac au lendemain du tsunami asiatique de 2004 (« Ce soir, mes pensées vont à toues les victimes... »). Elles prennent la forme d’une anaphore au début de l’allocution de Nicolas Sarkozy (« Je pense à vous… »).

 

Bilan et perspectives d’avenir

Les vœux présidentiels sont l’occasion pour le chef de l’Etat de faire le bilan des actions conduites et de justifier le bien fondé de ses choix sur un ton qui se veut convaincant. Mais c’est aussi le moment d’évoquer avec confiance les perspectives d’avenir.

Le bilan. Passage souvent obligé dans une allocution de vœux, le bilan sert à dynamiser et à rassurer l’ensemble des Français, au vu des actions accomplies. Aussi ce discours fonctionne-t-il sur le mode de la persuasion.
La projection volontariste dans l’avenir laisse peu de place au bilan dans l’allocution du général de Gaulle, si ce n’est à travers des allusions aux « actions engagées » et « aux efforts entrepris ». En revanche, François Mitterrand et Jacques Chirac optent pour des bilans détaillés et argumentés, placés sous le signe de la crédibilité (« il aura fallu plus de quatre ans pour que l’on commence à se rendre compte que nous sommes sur le bon chemin », déclare François Mitterrand), mais aussi de la clairvoyance (« Vous remarquerez que les catastrophes annoncées ne se sont pas produites »). Valéry Giscard d’Estaing, pour sa part, préfère mettre en avant le rôle de la France à l’étranger (« Partout nous avons rencontré le rayonnement de la France »).

Les perspectives d’avenir. L’allocution des vœux, par sa nature même, est un discours incitatif et volontariste. Il nous éclaire sur la manière dont le chef de l’Etat entend conduire sa politique dans l’année à venir.
Même s’ils sont volontaristes, certains discours tiennent compte de la réalité d’échéances et de scrutins politiques à venir. Le discours du Général s’interroge : « [Le peuple français] va-t-il maintenir ou détruire un régime aussi efficace et salutaire ? » Cette vision de l’avenir contraste avec celle de François Mitterrand, plus politique et conjoncturelle (« Des élections législatives auront lieu...garant de l’unité nationale, je serai là pour assurer la continuité de nos institutions », déclare-t-il.), ou avec celles de Nicolas Sarkozy et François Hollande qui en appellent à la confiance de leurs compatriotes et offrent l’image de chefs d’Etat déterminés à résoudre les problèmes.

 

Le style

Le style de l’allocution (phrase, lexique, etc...) dévoile une part de la personnalité du chef de l’Etat. Mais le style atteste aussi de la culture du Président, nourrie par les classiques (c’est le cas pour Charles de Gaulle et Pompidou), la fréquentation des tribunaux (pour François Mitterrand ou Nicolas Sarkozy, par exemple) ou de l’ENA (comme Jacques Chirac ou Valéry Giscard d’Estaing).

La phrase. Dans sa construction, ses balancements, son rythme, etc..., la phrase témoigne du mode d’énonciation choisi : dialogue avec la France (Charles de Gaulle) ou avec les Français dans une rhétorique du questionnement (Georges Pompidou), de l’argumentation (François Mitterrand), de la démonstration (Jacques Chirac), de la persuasion (Sarkozy).
La phrase chez Charles de Gaulle se développe sur un mode oratoire : prédilection pour le rythme ternaire et l’enchaînement logique des idées (« Pour que la France poursuive son progrès, pour qu’elle maintienne son indépendance, pour qu’elle appuie la cause de la paix... »). Georges Pompidou en revanche, affectionne le rythme binaire, la rhétorique du questionnement et la cadence mineure (« Voilà bien de l’autosatisfaction, me dira-t-on. Et pourquoi serrions-nous insatisfaits ? »). François Mitterrand recherche l’adhésion (« Croyez-moi ») et utilise volontiers des phrases courtes pour renforcer son argumentation. Jacques Chirac choisit le cadre de l’exposé, analytique et énumératif (« Poursuivre... Continuer... Encourager... permettre... Donner... »). Le style, ici ou là, se révèle plus « démotique » chez Nicolas Sarkozy, où, en dépit d’une lecture du texte sur un prompteur, affleure le « parler-vrai » propre au Président nouvellement élu afin de mieux se faire comprendre.

Le lexique. Le choix de l’adresse (« Françaises, Français » ou « mes chers compatriotes » ou « mes chers amis »), des mots, formules et métaphores caractérisent l’allocution.
Les uns et les autres utilisent des métaphores, des personnifications (« Que la France montre la voie », dit Nicolas Sarkozy), cultivent parfois le goût de la formule. L’allocution de Valéry Giscard d’Estaing n’échappe pas à quelques lieux communs (« notre univers tourmenté et violent »). François Mitterrand, lui, a recours à des expressions plus concrètes qui renvoient à un registre familier (« Demandez donc aux bénéficiaires de la retraite à soixante ans si cela coûte cher un repos après tant de travail ! »). Nicolas Sarkozy et François Hollande structurent leur propos autour de mots clés et de slogans mobilisateurs (« Il ne s’agit pas de faire des discours ! », « Ce cap sera tenu », etc.). L’exposé du second, fait de phrases très courtes, est sèchement structuré (« Justice fiscale… Justice sociale… Justice entre les générations…).