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Violence(s) à l’école : Représentations de la violence

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La vie scolaire serait-elle un théâtre d’affrontements ? Les violences exercées dans le cadre de l’école sont rapportées par la télévision comme autant de faits-divers qui pourraient justifier cette opinion. Opinion confortée, semble-t-il, par des témoignages d’élèves, de parents et d’enseignants qui ne laissent aucun doute sur la réalité conflictuelle du terrain. Mais ce que montre la télévision est-il exemplaire d’un malaise au sein de l’institution scolaire ? La télévision nous aide-t-elle à relativiser le bien fondé de discours sécuritaires qui découleraient de ces constats ?

• Affrontements

La « violence » aurait-elle, depuis plusieurs décennies, changé de camp, de celui des maîtres coutumiers des châtiments corporels à celui des élèves ? Ce n’est pas si sûr. La mise en place de règles visant à sanctionner des voies de faits commises par des enseignants semblerait contredire ce renversement de tendance et nourrit l’idée d’un climat de défiance réciproque entre maîtres et élèves

 

 

 

Observer
Le parti pris du premier sujet (« Sanctions prévues pour les enseignants violents ») est d’opposer en deux volets successifs l’école des années cinquante à l’école aujourd’hui, pour mieux marquer le chemin parcouru dans la relation de l’enseignant aux élèves. Cette disposition convenue dynamise néanmoins le reportage dans la mesure où sont proposées en ouverture des images fortes (archives et fictions des années cinquante, notamment) qui illustrent des situations où l’élève semble « victimisé» par un maître autoritaire.
Le choix d’images à valeur patrimoniale (séquence célèbre des « 400 coups ») et de mises en scène stéréotypées (l’enfant coiffé du bonnet d’âne) sont autant de représentations de l’école d’antan qui flattent une mémoire et un imaginaire collectifs sans mériter vraiment la comparaison avec la réalité actuelle (par ailleurs illustrée avec des images d’ « entente cordiale » entre enseignants et élèves, qui semblent éloignées de la thématique du sujet).

Le commentaire du second sujet (« Agression d’un principal de collège ») pourrait se suffire à lui-même : les images qui l’accompagnent sont la plupart du temps, redondantes (« téléphonées »), par rapport au texte ; loin d’en élucider ou d’en enrichir le sens, elles en sont le support prétexte. La pauvreté de l’illustration tient sans doute à la difficulté de traduire a posteriori l’événement survenu, sinon à le scénariser dans une fiction ou une mise en scène documentaire (docu-fiction), formules au demeurant inadéquates au format d’un sujet de journal télévisé.
Cette difficulté rencontrée n’invalide pas, néanmoins, de possibles tentatives qui viseraient à proposer des images à valeur métaphoriques (allusives à l’agression ou au contexte qui a présidé à celui-ci). Mais ici, on se contente de « tirer à la ligne » au moyen d’illustrations à caractère purement dénotatif (ex. : commentaire « le collège est fermé » ; illustration : plan fixe sur une affiche sur laquelle on lit « collège fermé »). A la décharge du cadreur, le peu de temps consacré au tournage d’un sujet de JT (généralement deux ou trois heures) pour obtenir une minute d’images utiles au montage.


• Témoignages

En donnant la parole aux élèves, aux parents et aux professeurs, la télévision prend acte de la détresse et de l’impuissance des usagers face aux désordres subis en milieu scolaire. Mais elle ne se cantonne pas à des constats amers ou alarmistes : il lui arrive de pointer des initiatives de prévention de la violence. L’utilisation de caméras de surveillance dans la cour des écoles en est un bon exemple.

 

 

 

 

Observer
Le premier sujet (« Paroles sur la violence ») illustre un triple parti pris. Tout d’abord, privilégier la parole des élèves en faisant apparaître, dès l’ouverture, le visage en gros plan d’une collégienne. Ce choix de cadrage souligne l’intention de donner de l’importance à son témoignage. Le second parti pris est de faire écho à la parole des élèves en « mettant en scène » celle des parents (dans un triple contexte : sortie de l’école, cité et manifestation). Le troisième parti pris, certainement le plus original, est de construire le sujet en faisant l’économie d’un commentaire journalistique. Ce choix, assez rare dans un reportage de JT, vient prouver, s’il en était besoin, qu’images et témoignages peuvent se suffire à eux-mêmes si tant est que le choix des images éclaire le contexte, ce qui est ici le cas grâce à l’utilisation de « volets » annonçant chaque prise de parole. La disposition des voix (élève-parents-prof) mais aussi la sélection des répliques éclairent le point de vue de l’auteur et induisent un commentaire (effet du montage). Dès lors, l’utilisation d’une voix off serait superflue.
Le second reportage a pour « protagoniste » la caméra vidéo de surveillance, ce qui conduit tout naturellement à construire le sujet en abyme : la caméra de télévision filme la caméra utilisée pour la surveillance mais aussi les images que cette caméra enregistre. Ce mode de traitement est annoncé dès les premiers plans. Pour mieux le mettre en évidence on a recours à des variations de focale dont la fonction est de souligner l’omniprésence des écrans et des caméras (exemple du premier plan où l’on fait d’abord le point sur les écrans pour le faire ensuite sur le personnage qui les observe).
Pour faciliter l’identification du téléspectateur, on le place  en position de « vigie » et l’on joue sur le mimétisme : la caméra de télévision devient l’avatar de la caméra de surveillance. D’où la multiplication des plans fixes et des cadrages qui ressortent d’une capture caractéristique d’images de surveillance. Ces choix stylistiques ont pour effet de donner l’illusion (deuxième partie) d’un enregistrement de surveillance pour les plans filmés dans la cour de l’établissement (seconde partie) qui, pour être plus concluants, mettent en scène (scénarisent ?) des débordements entre collégiens.

Lire la suite : Un dialogue difficile