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Violence(s) à l’école : Un dialogue difficile

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Comment créer les conditions d’un dialogue et mettre un terme aux comportements belliqueux ? Comment contenir les dérapages qui conduisent à l’affrontement entre lycéens et adultes ? La réponse à cette problématique, difficile à traiter, réside le plus souvent dans le choix de mesures de bon sens : prévenir les incivilités en renforçant les effectifs d’encadrement. Une demande tant des parents, des enseignants que des élèves, qui trouve d’évidentes limites dans sa mise en œuvre et son application.

• Double éclairage

Par une savante alternance de traitement, la télévision nous donne à voir des scènes contrastées : celle d’une école apaisée où les élèves semblent réconciliés avec le respect de la hiérarchie et de l’autorité des adultes ; celle, au contraire, d’une école où les adultes sont la cible du débordement des élèves. Les sujets à suivre illustrent bien ce double éclairage.

 

 

 

Observer
Le premier extrait « tout images » (« Violences à l’école ») met en valeur (position centrale) l’interview d’un enseignant victime de violence dont il paraît minorer la gravité et la portée. Paradoxale, sa déclaration est habilement contredite par la petite séquence qui précède. Une séquence scénarisée de toute évidence : on voit la main du journaliste qui oriente la une de France Soir pour que le titre « Le-ras-le-bol des profs » soit plus lisible. Le ton est donné : celui de la vox populi qui semble démentir le point de vue de l’enseignant.
Un point de vue doublement invalidé : le plan monté cut qui succède à l’enseignant fait apparaître une collègue qui ne laisse pas de doute sur l’état d’esprit du corps enseignant.
Faut-il alors voir un clin d’œil ironique à une certaine idée de l’école républicaine qui n’aurait plus cours en concluant sur l’image d’un bâtiment, contemporain de Jules Ferry, sur lequel flotte le drapeau tricolore ?
« Anti violence école », second extrait. Le sujet est exemplaire au sens où il est s’inspire des recettes qui ont fait le succès des news magazines, dès la fin des années 50. D’abord, le choix d’incarnation : il est plus parlant de traiter une problématique à travers le portrait d’un individu qui l’incarne. Claude Pons en est la parfaite illustration.
Qui dit portrait dit mise en situation : c’est tout le travail du journaliste qui va enregistrer, voire susciter des interactions. La relation de Claude Pons aux élèves, dans différents contextes, va donner à son rôle de médiateur éducatif sa vraie dimension, confirmée par le micro trottoir final.
Le troisième axe est celui de l’enquête qui met en évidence (au moyen du commentaire et du choix de l’espace-temps) le questionnement du journaliste qui se veut en phase avec celui, supposé, des téléspectateurs.
Irréprochable dans son écriture et bon exemple de mise en pratique d’une méthodologie qui a fait ses preuves, ce sujet peut être néanmoins perçu comme trop « lisse » : il s’attache plus à justifier une nouvelle fonction (recours au discours de confirmation du chef d’établissement, perception exclusivement positive des élèves), qu’à s’interroger sur le bien fondé de la création d’un néième emploi de médiateur en ZEP.

 

• Revendications

Pour prévenir la violence et neutraliser les comportements agressifs, le renforcement de l’encadrement semble la parade la plus efficace. Cette demande, souvent formulée, n’émane pas toujours, comme on pourrait le croire, du corps enseignant. Elle est aussi le fait de parents et même d’élèves. Leurs revendications sur le terrain peuvent prendre des formes originales et militantes qui donnent matière à reportage.

 

 

 

 

Observer
Premier extrait (Lycée d’Evry). La demande de mesures de protection policière pour les élèves, dans l’enceinte et aux abords d’un établissement est, le plus souvent, le fait d’adultes, parents, professeurs ou élus locaux. Le reportage vient contredire cette idée reçue en jetant un coup de projecteur sur des initiatives d’élèves qui vont dans le même sens.
L’angle du reportage est bien sûr de souligner l’originalité de cette posture, pour des adolescents, que l’on imagine volontiers opposés à la présence de la police dans le périmètre de leur lycée.
D’où le choix de multiplier, dès l’ouverture du reportage, des déclarations de lycéens, partageant un point de vue identique, pour donner force à une parole sécuritaire au demeurant inattendue.
L’angle est explicite, certes, et ne laisse pas de doutes sur les intentions de l’auteur mais c’est au traitement que le sujet doit son originalité. L’idée consiste à jeter un regard quelque peu ironique sur la réponse des adultes aux attentes des lycéens. En introduisant notamment le reportage avec l’image d’un vigile assis à l’entrée du lycée et dont l’attitude bonhomme semble inadéquate à la gravité de la situation (effet produit par des plans subjectifs à hauteur de regard).
Second extrait (Collège des Aigrelles). La construction tripartite de ce reportage n’a rien d’original. Le choix est conforme à un modèle canonique, fréquent dans un sujet de JT.
Le rythme ternaire produit un effet de sens : la parole des parents qui ouvre et clôt le reportage semble, par ce positionnement même, « encadrer » celle des enseignants et désigner celle-là comme subsidiaire. Le véritable protagoniste et moteur de l’action, c’est bien ce père, parent d’élève qui parle au nom des autres parents sur un terrain (l’école) qu’il a investie pour mieux faire porter sa protestation.
Les plans qui précèdent l’entretien soulignent le côté insolite de l’opération (« campement » des parents dans une école) et servent d’accroche.
En jouant sur l’effet de surprise (dévoilement progressif du lieu : le campement est en réalité dans une école) on signifie la redistribution des rôles sur un mode ironique : les parents ont pris la place des enseignants au cœur de l’institution, les enseignants sont à l’extérieur (on les voit, interviewés, dans la cour de l’école). Chacun interprétera à sa manière le glissement de sens que ces déplacements de lieu suggèrent.

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